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Brèves

La renaissance des vignobles disparus

09-05-2017

On vient de le constater une fois de plus, l’histoire n’est pas écrite d’avance
Or, l’histoire de la viticulture française n’est pas un long fleuve tranquille. Le dernier livre de Robert Chapuis, La renaissance d’anciens vignobles français disparus rappelle d’abord, de cette histoire, les bouleversements successifs, parfois violents, souvent inscrits dans la durée, dont notre période volontiers peu cultivée cultive peu la mémoire…

L’épopée de la vigne raconte les octrois et la Révolution, la surproduction et la mévente, les canaux et la voie ferrée, les guerres et les règlements de compte politiques, les pélerinages et les sites industriels, les découvertes et les oublis, le phylloxéra et les échanges internationaux, les coupages et l’origine contrôlée… Au fil de ces séismes, les vignobles de toute taille s’abolissent ou s’annoblissent, disparaissent ou reparaissent.
Le géographe Robert Chapuis a de l’ampleur dans sa vision. Il a collaboré en 2015 à Atlas, Vignes, vins et vignerons dans la mondialisation, et publié en 2013 Vignobles du Doubs et de Haute-Saône.

Il raconte dans cet ouvrage, associant la perspicacité géo-historique et la narration concrète des expériences humaines, comment depuis les années d’après-guerre renaissent des vignobles qui autrefois considérables, ou considérés, disparurent…

N'abandonnez pas !

Cette vaste fresque couvre toutes les régions. Sait-on qu’en 1760 le vignoble de Domme (eh oui… où est-ce ? Un vignoble peut en cacher un autre…) était aussi grand que celui de Bergerac ? Imagine-t-on le monde du vin sans Condrieu et le viognier, ce qui a failli bel et bien arriver ? Remerciera-t-on assez tel pilote alsacien atterri par hasard à Cahors pour la renaissance du vignoble cadurcien ? N’est-il pas compréhensible que Philippe le Bel ait possédé des vignes en Saint-Pourçain ? Se représente-t-on un vignoble sur la montagne Sainte-Geneviève, à Paris ?
On renoue ainsi avec la grande histoire, mais aussi avec celle de la viticulture, et bien des choses s’éclairent. On méconnait trop l’ampleur de la fortune vigneronne qui dura presqu’un siècle – entre 1789 et 1870. Entre la Révolution et le phylloxéra, la Grande Guerre et les voies ferrées. La moindre surprise n’est pas cette incroyable capacité sur les mêmes terroirs à faire – en fonction des demandes du marché - des breuvages exécrables ou des vins de grande qualité.

Voilà donc un livre de chevet pour vérifier sans cesse que la roue de la fortune tourne aussi pour les vignobles, dans un sens, ou dans l’autre. C’est aussi un message d’espoir pour les vignerons de la renaissance des vignobles qui se lancent dans l’aventure. N’abandonnez pas !

La renaissance d'anciens vignobles français disparus
Robert Chapuis
2016, Paris, L’Harmattan, 300 p., 33 €

www.robert-chapuis-geographe.org

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