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Et du vignoble naquit l’imprimerie

Article du 22-03-2012

S’il est une ville d’Allemagne qui soit une capitale du vin, c’est bien Mayence, dans la plus ancienne et la plus grande région viticole allemande, la Hesse rhénane, surnommée le Paradis des Vins. Mayence fait d’ailleurs partie du réseau international des Great Wine Capitals.

Déjà au XVème siècle, les vignes l’entouraient.

Ses vins faisaient les délices d’un orfèvre, spécialiste des alliages, qui aimait aller rendre visite aux vignerons…

Il appréciait surtout les vignes les plus proches de Mayence, celles d’Ingelheim, dénommée l’île du vin rouge au cœur d’une région plutôt riche en vins blancs. Il aimait à goûter ces vins, légers, mais très colorés, puisque produits avec le Portugais bleu, un de ces cépages, peut-être pas vraiment bleus ou noirs comme de l’encre, mais tâchant quand même les doigts, ce pourquoi on les appelle teinturiers.

Cet orfèvre s’appelait Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg. Il s’intéressait au travail des vignerons, à leurs outils, à leurs installations. Leurs pressoirs retenaient son attention et le laissaient rêveur.

Et petit à petit, en plein milieu du XVème siècle, Gutenberg assembla toutes ses idées - créer des caractères mobiles en alliages de métaux, trouver une encre qui marque, utiliser une sorte de pressoir, une presse pour imprimer le papier… - et l’imprimerie fût créée - « L'imprimerie est d'une inspiration divine » écrira Rabelais.

Peut-être en souvenir inconscient de cette naissance, les liens entre vin et imprimerie se sont poursuivis.
Ne parle-t-on pas de foulage pour les raisins comme pour l’action de laisser une trace en creux dans le papier ? Et de format « Raisin » pour les feuilles de papier qui portaient un filigrane avec ce motif (50cm par 65 cm) ? Et de vignette, pour un ornement de typographie ?

Autre coïncidence, Saint Jean Porte latine.

Saint Jean fut supplicié par l'empereur Domitien qui le fit plonger dans une cuve d'huile bouillante, près de la porte de Rome menant vers le Latium (la porte Latine). Mais l’huile se transforma en bain rafraîchissant.
Il est devenu le patron (fêté le 6 mai) des imprimeurs et des typographes, sans doute parce que la porte Latine, dont les charnières étaient centrales, s'ouvrait comme un livre…
Il est devenu aussi le patron des vignerons et tonneliers puisque les vignerons « portent la tine » (ou la cuve).
Autre curiosité : Saint Jean porte Latine est représenté portant sa tine, sous la forme d'un tonneau attaché à un bâton. Or ; l'image est jugée très proche de celle du dieu gaulois Sucellus, dieu des tonneliers et des viticulteurs, l’image du tonneau et du bâton de Saint Jean étant proche du maillet à deux têtes de Sucellus.
Autre coïncidence, Sucellus est représenté comme un homme habillé à la gauloise d’une tunique, d’un capuchon, de braies, et porteur d'un petit pot (une olla) et d'un maillet. Or très curieusement, il semble être présent sur les armes énigmatiques de la famille des Gutenberg

Quoiqu’il en soit, la ressemblance la plus forte est peut-être celle-ci : de même que du pressoir surgit l’alchimie de la fermentation, et le vin nouveau, de même, des presses sort le bouillonnement des esprits… et les idées nouvelles.

Voilà bien des raisons qui expliquent que « les typos n'sont pas si fous, / Pour se quitter sans boire un coup ! » et entonnent la fameuse chanson :
« A la !... A la !... A la !...
A la santé du confrère,
qui nous régal' aujourd'hui.
Ce n'est pas de l'eau de rivière
Encor' moins de celle du puits. »

 

Avec la participation de Philippe Devoghel - Colophon, Atelier-Musée de l'imprimerie & de la typographie,

Estaminet, et Librairie à Grignan (Drôme)

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