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Les dolia d’Alain Berthéas

Ici et là des vignerons à la recherche de la meilleure expression de terroir utilisent dolia (*) et amphores pour élaborer leurs vins.

Ils sont tous, on s’en doute, engagés dans une éthique, à la vigne comme au chai.

Ils parlent de fraîcheur aromatique, de buvabilité, de tension, de minéralité, de vibration, d’expression de la terre.

Ils sont à la recherche de tanins plus arrondis, d’échanges et de micro-oxygénation, de fraîcheur pour la fermentation, mais veulent aussi renouer avec les pratiques antiques, notamment de la viniculture (gallo-)romaine.

 

Il n’y a pas de cahier des charges bien précis, et les essais et variantes sont nombreux ; pour la taille des amphores, les modes d’élevage et la vinification, l’usage de la macération pelliculaire pour les vins blancs (vins oranges)…

Si les vins d’amphore sont courants, historiquement, en Géorgie ou en Italie, il existe désormais (depuis moins de dix ans) quelques vignerons qui produisent des cuvées en France, et parmi les précurseurs Philippe Viret (Domaine Viret), en Vallée du Rhône, ou Stéphane et Véronique Azémar (Clos d’un jour) à Cahors.

On connait aussi Jean-Claude Lapalu (Brouilly), Céline et Romain du domaine Clos Romain (Cabrières, Hérault), Stéphane Tissot (Arbois), Dominique Belluard (Ayze, Savoie), Yves Canarelli (Figari)…

C’est à la demande de Philippe Viret qu’Alain Berthéas a commencé à réaliser des dolia vinaires, et il les crée pour plusieurs des noms que nous venons de citer.

Avec cette imposante contenance (en terre crue) de 420 litres, on ne parle plus d’amphores mais de dolia ou de jarres.

Installé entre Vaison-la-Romaine et Séguret, au nord du Vaucluse et au milieu des vignes, Alain Berthéas est un céramiste monumental, qui a mis son talent d’artiste, son intuition des énergies puissantes de la terre au service de ces dolia, à la fois œuvres d’art, et récipients vinaires.

Il est le seul à réaliser des jarres d'une telle taille.

 

Comment créer une dolia ?

Les proportions des dolia reposent sur le nombre d’or (1,618).

L’impression dégagée par les pièces réalisées est toute d’équilibre et de plénitude.

Un gabarit en bois correspondant à ces proportions a été réalisé.

 

La forme est réalisée en cordes de coco imputrescibles. Ce sont près de 150 kg de cordes qui sont ainsi ajustés sur le gabarit.

L’approvisionnement en argiles fines est fait en Toscane, près de Florence. Ces variétés contiennent du cuivre, connu pour ses propriétés antibactériennes.

Il faut compter 250 kg d’argile pour monter - bien sûr, à la force de la main - une dolia de cette taille.

Magie de la dolia surgissant du tour…

 

Le séchage de la dolia est complexe : le séchage du bas doit précéder celui du haut de la pièce, et il faut sécher, avec des chaufferettes adaptées, l’intérieur de la jarre.

Il faut dire que c’est près de soixante litres d’eau qu’il faut « éliminer » de l’argile…

Le gabarit et les cordes sont ensuite enlevés avec délicatesse.

La cuisson de la dolia se fait dans un four (réalisé par Alain Berthéas lui-même), de manière progressive, pour permettre dans un premier temps l’évaporation complète de l’eau.

Le four est ensuite poussé jusqu’à mille degrés.

Alain utilise un autre four pour les pièces de plus de trois mètres, les dolia de 2.500 litres.

Il faut pour ce four-là compter deux tonnes de bois par cuisson !

Plus la cuisson est élevée moins l’amphore est poreuse, « mais ce n’est pas l’absence de porosité qui est recherchée, explique Alain Berthéas, sinon autant faire des œufs en ciment » (une autre technique utilisée par certains vignerons).

Porosité, micro-oxygénation sont plutôt des atouts recherchés par les vignerons.

Ainsi, la dolia ne reçoit aucun traitement de surface interne

Il suffira de la mettre en eau avant sa première utilisation vinaire.

Le refroidissement est ensuite très lent.

 

Il faudra aussi attendre quelques longs mois avant de déguster les premières cuvées de ces dolia…

 

(*) (Mot latin pluriel de dolium, dolia ne prend pas d's, mais on utilise aussi le mot dolia pour le singulier…)

 

 

Alain Berthéas fait partie d’un réseau d’artistes contemporains dont on peut retrouver les adresses et les activités sur www.artemis-artcontemporain.com.

Les 21-22 et 28-29 septembre, la propriété d’Alain Berthéas accueillera des journées de manifestations artistiques conviales, "De Mars à Vénus".

 

 

Alain Berthéas, sur la route entre Vaison-la-Romaine et Séguret (la D977)
Mas belair, 84110 Séguret

www.alainbertheas.com

Article du 07-08-2013
Site par Neteor