Un pas vers l’excellence de l’œnotourisme ?

Article du 30-09-2015

La feuille de route du pôle d’excellence œnotourisme, commandée par Laurent Fabius et Mathias Fekl en janvier dernier, vient d’être mise en ligne sur le site de France Diplomatie.

Sans publicité. Il faut dire que ce rapport, piloté par Michel Bernard, « n’engage que ses auteurs. Il fera l’objet d’un examen par le Ministre ».

La feuille de route fait suite à l’audition de 43 personnes, dont l’auteur de ces lignes, et énumère dix-huit propositions.

Des actions concernent directement les vignerons, comme la réédition revue et corrigée du « Guide de l’accueil en caves » édité par Atout France en 2006 (la proposition 1, simple à mettre en oeuvre), ou la mise en place de formations consacrées au tourisme et destinées aux vignerons, par exemple sur... les préférences gustatives des touristes en fonction de leur pays d’origine (proposition 2). Il est précisé que « si certains professionnels du tourisme peuvent avoir besoin d’une formation œnologique, le monde de la viticulture peut avoir encore davantage besoin de formations en matière de tourisme», ce qui est une formulation curieuse…

« Appliquer la Loi Evin avec modération »

L'aboutissement de certaines propositions devrait permettre d’ôter des épines du pied des vignerons ; ainsi de « l’évolution du double seuil au-delà duquel un exploitant viticole impliqué dans des activités d’œnotourisme devient un commerçant d’un point de vue fiscal » (proposition 3), et de la simplification des « conditions d’acquisition de licences débit de boissons pour les vignerons pratiquant une activité œnotouristique » (proposition 4).

La proposition 9 appelle à juste titre, et avec une jolie formulation à « appliquer la Loi Evin avec modération » en matière d’œnotourisme.

Il est proposé également de faire en sorte que les activités dans les vignes (initiation aux vendanges) ne puissent plus risquer d’être assimilées à du travail irrégulier (proposition 5), et d’accorder davantage de dérogations en matière d’accessibilité des caves (proposition 6).

« Domaine visitable - Winery open for tastings »

Exercice attendu de tout rapport, le lancer - vers un avenir souvent lointain - de divers chantiers de réflexions et d'études.

Sur les conditions de construction de bâtiments à vocation touristique sur des terres agricoles (proposition 7).
Sur la création d’un « portail web », qui, s’appuyant « sur des réalisations fers de lance pouvant servir de « locomotives » en termes de promotion », valorisera aussi « l’ensemble des réalisations œnotouristiques » (proposition 8). L'exercice est délicat de mettre en valeur des arbres qui se voient déjà de loin, et peuvent cacher la forêt, c’est-à-dire toute la trame authentique des territoires vignerons…
Sur les « besoins en matière de renforcement des capacités d’hébergement au milieu ou proche des vignes » (proposition 18).
Sur « l’opportunité d’ajouter sur les contre-étiquettes des bouteilles la mention « domaine visitable » (winery open for tastings) » (proposition 12). (Un QR Code serait aussi une idée… Voir « Un ambassadeur de 75 cl pour l'oenotourisme » ).
Sur « l’évolution des principaux labels et chartes existants pour améliorer leur lisibilité et leur visibilité » (proposition 16).
Sur la création d’un réceptif national spécialisé en œnotourisme, bien commissionné, et décliné dans les régions concernées (proposition 17) ; par contre il faut noter que l’étude concrète de la réglementation - complexe sur le terrain - des agences de voyage, guides, chauffeurs… n’est pas prévue.

A propos de promotion et de communication, il faut inciter l’ensemble des acteurs assurant la promotion des vins français à intégrer un volet œnotourisme dans leurs opérations de communication (proposition 11).

« Domaines viticoles de garde »

Sur le terrain, la proposition 13 vise à créer des « cités du vin et de l’œnotourisme » dans les principales régions viticoles de France - ou à identifier les maisons des vins qui existent. La proposition 14 consiste à « créer un dispositif sur le modèle des pharmacies de gardes, afin de permettre à un touriste d’être réorienté vers les exploitations ouvertes », et la proposition 15 à multiplier les visites en langues étrangères.

La proposition 10 vient répéter le message au cœur du label Vignobles & Découvertes, celui de la collaboration entre la filière viticole (ici curieusement limitée aux « interprofessions ») et les acteurs du tourisme. Dans ce cadre (?), les moyens du cluster « œnotourisme » d’Atout France (*), présidé par Michel Bernard, « doivent être non seulement pérennisés, mais aussi accrus ».

En revanche, même si le rapport place l’œnotourisme « à la frontière du tourisme culturel », les acteurs de ce secteur ne sont, pas plus qu’auparavant, sollicités…

Plus grave, le rôle fondamental des collectivités territoriales, légitimement de plus en plus actives dans l’élaboration de leurs stratégies œnotouristiques, n’est pas abordé, le paysage œnotouristique français étant vu comme une « collection de destinations ». Ce serait en effet au sein du cluster que devrait être mené un travail « pour permettre à chaque destination de mieux identifier et valoriser ses attraits touristiques afin de consolider ou construire son image de marque, tout en restant dans un esprit collection de destinations ».

Quelle stratégie pour l'œnotourisme français ?

Cette liste de propositions laisse de côté une véritable réflexion sur la stratégie de l’œnotourisme en France.

En effet, les ressources patrimoniales de la vigne et du vin, où se trouve notre avantage concurrentiel national, semblent ne pas exister et la référence au « tourisme culturel » reste creuse.

De plus, aucune réflexion stratégique en termes de marketing territorial n’est évoquée et les collectivités territoriales sont absentes.

Enfin, les simples méthodes et outils utilisés par nos concurrents internationaux (interpretive planning et story telling par exemple), et exposés à longueur de colloques internationaux, sont inconnus…

Mais bon, le vignoble français ne s’est pas fait en un jour. Saluons déjà - avec modération - cette nouvelle étape vers notre future excellence oenotouristique.

André Deyrieux

 

(*) Créé en 2000, le cluster « œnotourisme » d’Atout France, payant, rassemble 57 partenaires, institutionnels et professionnels français du tourisme et du vin.

La feuille de route est ici : http://www.diplomatie.gouv.fr

A lire aussi, notre article de mai :
Pôle d'Excellence Oenotourisme : dix propositions
http://www.winetourisminfrance.com/fr/magazine/1938_pole_d_excellence_oenotourisme_dix_propositions.htm

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