Margaux, demain, amputée

Article du 11-07-2006

 

 

 

 

Margaux. L'une des appellations les plus célébres du monde. 21 crus classés pour 1350 hectares. 1 million d'euros l'hectare de vignoble.

Margaux, demain, amputée.


Le projet du contournement de Bordeaux par l'ouest, dont le tracé doit être décidé cette année comporte pour le futur autoroute cinq axes, cinq « fuseaux » possibles, qui tous coupent la légendaire D2, la route des châteaux du Médoc aux environs de Margaux.

Très concrètement, les appellations touchées par ces différents fuseaux sont les suivantes.

A1 Bordeaux, Bordeaux supérieur, Haut-Médoc

B1 Côtes-de-bourg, Haut-Médoc

B2 Côtes-de-bourg, Haut-Médoc
« Une propriété renommée du Haut-Médoc sera affectée dans son vignoble » indique le dossier du gouvernement. Il s'agit du grand cru classé château Cantemerle, au sud de Macau, qui possède en outre le plus beau parc des châteaux de Bordeaux.

B3 Côtes-de-bourg, Margaux
Le château d'Angludet (cru bourgeois supérieur) perd dix hectares sur 80 (dont 34 en AOC margaux). Sont également touchés le château Giscours et le château du Tertre.

B4 Côtes-de-bourg, Haut-Médoc, Margaux

C5 Côtes-de-blaye, Haut-Médoc, Margaux

 

1ère conséquence, directe : entre 5 et 10 % de vignes arrachées, soit de 60 à 150 hectares.

Deuxième conséquence. Une autoroute, ce n'est pas qu'un fuseau sur du papier. Ce n'est pas « que » une emprise de trois cent mètres de large sur 30 ou 40 km de vignobles . Ce sont aussi de nombreuses nuisances : 20.000 véhicules par jour, des ouvrages lourds, de longues périodes de travaux, des nuisances sonores permanentes

Troisième impact. Pour le vignoble, et quel vignoble ! Une catastrophe, loin d'être appréhendée par les ingénieurs mobilisés sur le projet qui parlent d'une simple « emprise au sol ». L'expérience prouve que les modifications environnementales de ce type entraînent des modfications de ces sous-sol si complexes, des bouleversements de l'hydrologie avec, par exemple, création de zones gélives. Climats et terroirs sont transformés. Or, bien sûr, toucher au terroir, c'est toucher le vin.

Enfin, dernier point mais non le moindre, le vignoble, c'est aussi un paysage culturel, un patrimoine, le fruit d'une histoire de terres et d'hommes, l'identité même de ce sol - tout ce qui, à une poignée de kilomètres de là, a été la raison de l'inscription de Saint-Emilion au patrimoine mondial de l'humanité.

Et à la composante technique du paysage viticole (qui produit du vin), à sa composante patrimoniale (expression de la culture et de l'identité d'une région), à sa composante environnementale (qui oeuvre pour l'avenir), s'ajoute la composante économique ; sa valorisation par l'activité touristique - en l'occurence oenotouristique - auprès de tous les publics.

De tous les publics du monde.

Ceux qui signent (6.410 à cet instant) la pétition sur le site http://www.margaux-danger.com.
Ceux qui ne viendront pas en France voir des autoroutes, ni d'autres sources de nuisance et de gâchis.
Ceux qui viennent et viendront pour comprendre sur place, entre Cantenac, Arsac et Margaux, pourquoi les vins qui les font rêver sont ce qu'ils sont.

 

André Deyrieux

 

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